SIAL 2026 dessine l’avenir du secteur alimentaire
Santé, pouvoir d’achat et expérience consommateur au centre des débats
Le 4 juin dernier, les équipes du SIAL Paris ont fait étape à Bruxelles dans le cadre de leur tournée internationale de préparation à l’édition 2026 du salon. Plutôt que de se limiter à une simple présentation de l’événement, les organisateurs ont choisi un format plus interactif, articulé autour de plusieurs panels réunissant des experts du secteur.
Cette rencontre a rassemblé industriels, retailers, agences et spécialistes de l’agroalimentaire autour de deux thématiques majeures : les tendances qui façonnent l’innovation alimentaire et l’évolution du point de vente comme levier de croissance pour les marques.
Au-delà de la présentation des ambitions de SIAL Paris 2026 par Audrey Ashworth, directrice du salon, les échanges ont permis de mettre en lumière plusieurs enseignements clés sur les mutations du marché alimentaire, les nouvelles attentes des consommateurs et les opportunités qui se dessinent pour l’ensemble de la filière.
L’innovation sous pression… mais toujours essentielle
Le premier panel réunissait Tine Vandervelden, (Fevia) et Xavier Terlet (Protéines XTC) autour des nouvelles dynamiques de marché et des innovations créatrices de valeur.
Un constat s’est rapidement imposé : l’innovation reste un pilier stratégique pour l’industrie alimentaire belge. Avec plus de 2,3 milliards d’euros investis chaque année dans l’innovation, le secteur figure parmi les plus importants investisseurs industriels du pays. Les investissements concernent principalement les légumes et fruits transformés, la boulangerie et les boissons.
Mais dans un contexte marqué par la pression sur le pouvoir d’achat, la question n’est plus seulement de créer de la valeur. Il faut également la rendre accessible.
« L’accessibilité » a d’ailleurs été identifiée comme l’un des mots-clés de la création de valeur pour les prochaines années. Plusieurs intervenants ont souligné que certaines innovations, notamment dans le bio ou les alternatives végétales, ont parfois souffert d’un positionnement prix trop élevé, freinant leur adoption par le plus grand nombre.
Du "plus" au "mieux"
Parmi les tendances émergentes évoquées, plusieurs axes se démarquent.
La première est celle du « less but better ». Les consommateurs semblent progressivement privilégier des produits plus qualitatifs, plus fonctionnels et apportant davantage de bénéfices nutritionnels, même si cela implique des quantités moindres.
L’essor des médicaments de type GLP-1, utilisés dans la gestion du poids, participe également à cette évolution. Les consommateurs mangent moins, mais recherchent davantage de densité nutritionnelle dans les produits qu’ils consomment.
Dans cette logique, trois tendances fortes ont été identifiées :
- Le snacking fonctionnel, avec des produits conçus pour apporter énergie, récupération musculaire ou bien-être digestif.
- La densité nutritionnelle, avec des recettes plus concentrées en ingrédients à valeur ajoutée.
- Les fibres, considérées par plusieurs experts comme le prochain grand sujet après les protéines.
Le végétal entre maturité et rationalisation
Un autre sujet a largement été abordé : le marché du plant-based.
Après plusieurs années de forte croissance, les intervenants estiment que le secteur traverse une phase de correction plutôt qu’une phase d’expansion.
Et puis il faut également tempérer. Les consommateurs recherchant des produits purement végétaux, soit les vegans, ne représentent qu’une partie limitée du marché. Tandis que les consommateurs flexitariens demeurent la cible principale.
Pour ces derniers, le plaisir, le goût et le rapport qualité-prix restent déterminants. Les approches hybrides et moins idéologiques pourraient donc prendre davantage d’importance dans les années à venir.
La nutrition personnalisée en ligne de mire
À plus long terme, plusieurs experts voient dans la nutrition personnalisée l’une des prochaines grandes révolutions du secteur.
L’intelligence artificielle pourrait permettre de développer des produits adaptés aux besoins spécifiques de chaque consommateur selon son âge, son mode de vie ou son état de santé. Des solutions ciblant certaines étapes de la vie, comme la ménopause, le vieillissement actif ou la nutrition des adolescents, sont déjà observées sur plusieurs marchés.
Le magasin devient un média
Le second panel de la journée, réunissait Nicolas Dardenne (Delhaize) et Wauthier de Lichtervelde (Carrefour Belgium) autour du rôle du point de vente dans la création de valeur, et d’un message clair, celui que le magasin ne peut plus se contenter d’être un lieu de distribution.
Face au e-commerce, le point de vente physique doit offrir ce qu’Internet ne peut pas toujours apporter : l’inspiration, l’expérience et la découverte.
Les consommateurs ne viennent plus uniquement chercher une liste de produits. Ils recherchent des solutions pour leur quotidien, qu’il s’agisse de santé, de praticité ou de plaisir alimentaire.
Le rayon devient ainsi un véritable média permettant aux marques de raconter une histoire, de faire découvrir des innovations ou de créer de l’engagement via des dégustations, animations ou mises en avant spécifiques.
Transparence, data et retail media
Les échanges ont également mis en lumière l’importance croissante de la transparence et de la donnée.
Traçabilité, origine des ingrédients, Nutri-Score ou encore blockchain sont désormais considérés comme des outils de réassurance indispensables.
Parallèlement, le développement du retail media transforme progressivement les enseignes en plateformes marketing. Grâce aux données de consommation, les retailers sont capables de proposer des innovations plus pertinentes aux consommateurs et de créer des opportunités de recrutement pour les marques.
L’innovation doit rester démocratique
Les représentants du retail ont également insisté sur la nécessité de maintenir un équilibre entre innovation et accessibilité.
Le renouvellement rapide de l’offre, l’intégration de startups et le lancement régulier de nouveaux produits sont devenus essentiels pour répondre à l’évolution des attentes des consommateurs. Mais ces innovations n’ont de sens que si elles restent accessibles au plus grand nombre.
Le principe d’une innovation « démocratique » a ainsi été présenté comme un enjeu majeur pour les années à venir.
Le local comme levier de différenciation
Enfin, la proximité et les circuits courts continuent de jouer un rôle important dans les stratégies des enseignes.
Au-delà de la simple présence d’un drapeau sur un emballage, les retailers cherchent à valoriser un ancrage territorial réel, en collaborant avec des producteurs locaux et en renforçant leur connexion avec les communautés qu’ils desservent.
Ce qu’il faut retenir
Les différents intervenants ont convergé vers une même conclusion : l’innovation reste indispensable pour créer de la valeur dans l’alimentaire, mais elle devra désormais répondre à une double exigence.
D’une part, apporter des bénéfices concrets en matière de santé, de praticité ou d’expérience. D’autre part, rester accessible pour le plus de consommateurs possible.
Dans le même temps, le magasin poursuit sa transformation en véritable média et lieu d’expérience, où la découverte, l’inspiration et l’interaction avec les marques deviennent aussi importantes que l’acte d’achat lui-même.
À quelques mois de SIAL Paris 2026, cette étape bruxelloise a ainsi offert un aperçu des grands enjeux qui devraient animer les débats du secteur alimentaire dans les années à venir.