Les paiements électroniques représentent un coût de 0,9% du chiffre d’affaires
Une étude souligne le besoin de transparence et d’un outil de comparaison
Début juin, l’Observatoire des prix du SPF Économie a publié une étude intitulée 'Le fonctionnement du marché du secteur des paiements électroniques classiques et des paiements via des chèques sociaux en Belgique'. Celle-ci estime un coût mensuel indicatif pour les paiements électroniques. Dans les profils commerciaux fictifs étudiés, celui-ci représente environ 0,2 à 0,9% du chiffre d’affaires. Le coût réellement supporté par le commerçant dépend notamment des ventes, en magasin comme en ligne, du nombre et du montant des transactions, du mode de paiement et de la formule tarifaire choisie. Les chèques sociaux entraînent également des frais de gestion relativement élevés. Dans les deux cas, il reste toutefois difficile d’avoir une vision claire et transparente de l’ensemble des coûts.
Ce qu’il faut retenir de cette étude
Les paiements électroniques évoluent sans cesse. En 2024, les cartes bancaires seront le moyen de paiement le plus populaire, tant en magasin (53%) qu’en ligne (51%). Au total, plus de 3,9 milliards de paiements par carte ont été effectués, pour un montant total de plus de 168 milliards d’euros. Les facteurs moteurs sont l’obligation de proposer au moins un moyen de paiement électronique, la facilité d’utilisation pour les consommateurs, la perception de sécurité, l’essor du commerce en ligne et l’augmentation du nombre de paiements de petits montants, tant sans contact que par téléphone portable.
Les chèques-repas et les éco-chèques sont également en hausse. Les frais de gestion de ces premiers s’élèvent à environ 1,05 à 1,35% (sous réserve d’adhésion à une fédération sectorielle) à 1,5 à 1,55% du montant de la transaction. Pour les éco-chèques, ce taux s’élève respectivement à 2 à 2,75%. Outre les paiements par carte classiques via Bancontact, Visa ou Mastercard, de nouvelles possibilités ont vu le jour, basées sur des virements (instantanés) ne nécessitant pas de réseau de cartes, comme Wero.
Comment fonctionnent les paiements électroniques?
Le coût total par paiement par carte correspond à la commission de service marchand ou frais de transaction. Celle-ci est estimée, pour l’UE, à 0,6% en moyenne du montant de la transaction. Ce coût se compose de trois éléments:
- La commission d’interchange versée à la banque émettrice de la carte. Ce coût est légalement plafonné à 0,1% (max. 0,056 euro) pour les cartes de débit et à 0,3% pour les cartes de crédit.
- Les frais de réseau (scheme fee) pour le système de paiement (par exemple Bancontact, Visa ou Mastercard). Ces frais ne sont pas réglementés, varient selon le réseau et le type de transaction (environ 0,1% dans l’UE). Bancontact est généralement moins cher que les systèmes de paiement internationaux.
- Les frais de service pour l'acquéreur, c'est-à-dire le prestataire de services de paiement qui accepte et traite les paiements par carte pour le commerçant (environ 0,2 à 0,3% dans l'UE). Worldline est le plus grand acquéreur sur le marché belge et intervient également en tant que processeur d’émission et d’acquisition, ainsi que fournisseur de terminaux de paiement.
Tarifs 'blended'
Tarif 'blended': les différentes composantes des coûts sont regroupées en un tarif tout compris.
Tarifs IC+ et IC++: les coûts sont présentés de manière plus détaillée et sont donc plus transparents.
Un petit commerçant négocie généralement le tarif global, tandis qu’un grand détaillant peut plus souvent discuter des composantes de coûts séparément.
Exemples de prix indicatifs
Dans cette étude, six profils commerciaux fictifs, élaborés en collaboration avec Comeos, Unizo et UCM, représentent à la fois des petits et des grands commerçants ainsi que diverses transactions. Pour chaque profil, un coût mensuel indicatif hors TVA a été calculé. Pour un boulanger, ce coût est compris entre 328 et 504 €; pour un marchand de journaux, entre 333 et 538 €; pour un magasin de quartier, entre 1 234 et 2 087 €; et pour un magasin d’électroménager, entre 213 et 424 €. Les frais de transaction, frais d’abonnement compris, représentent toujours au moins 86% des coûts totaux. Par ailleurs, les frais de location d’un terminal de paiement constituent le poste le plus important. Les transactions en ligne sont en moyenne plus coûteuses que les transactions en point de vente. Selon le type de magasin, le coût des paiements électroniques varie entre 0,2% et 0,9% du chiffre d'affaires. Pour les profils présentant un chiffre d'affaires plus modeste, les coûts par rapport au chiffre d'affaires semblent légèrement plus élevés que pour les profils de plus grande envergure. Les grands distributeurs alimentaires n’ont pas été pris en compte dans cette étude; ils effectuent un très grand nombre de transactions, souvent pour des montants moyens relativement faibles, et acceptent de nombreux chèques-repas.
Problèmes soulevés par le rapport du SPF
- Le paiement électronique engendre des coûts pour le commerçant, qu’il ne peut pas répercuter lorsque le consommateur choisit un moyen de paiement plus onéreux. Les coûts ne sont pas toujours transparents; cela concerne surtout les petits commerçants. Les grands détaillants utilisent plus souvent IC++, qui affiche les différents éléments, mais qui, selon le rapport, n’est pas pour autant toujours facile à comprendre.
- Les réseaux de paiement internationaux gagnent du terrain et peuvent s’avérer plus coûteux. Le détaillant dispose toutefois d’un pouvoir de négociation limité face à Visa et Mastercard, alors qu’il s’agit pourtant de partenaires commerciaux importants. L’essor des portefeuilles numériques tels qu’Apple Pay et Google Pay peut en outre renforcer la position des réseaux de cartes internationaux, car ces paiements s’effectuent généralement via une carte de paiement associée.
- Les commissions des réseaux de paiement ont augmenté et ne sont pas réglementées: on observe des hausses importantes chez Visa et Mastercard. La réduction ou le plafonnement de la commission d’interchange n’a pas conduit, de manière démontrable, à une baisse des coûts totaux de transaction.
- Les bons d’achat sociaux sont relativement coûteux et manquent également de transparence. Ils offrent toutefois des avantages aux commerçants: augmentation du chiffre d’affaires, soutien au commerce national/local et effet multiplicateur sur d’autres achats.
- Les paiements en espèces ne sont d’ailleurs pas gratuits non plus: le rapport fait référence à une étude néerlandaise dans laquelle le coût moyen d’un paiement en espèces a été estimé à 0,61 €, contre 0,19 € pour un paiement par carte.
Quelles sont les solutions possibles?
Les paiements électroniques évoluent sous l’effet des avancées technologiques, des modifications réglementaires et des préférences des consommateurs. Les structures de coûts pour les commerçants deviennent de plus en plus complexes; certains éléments de coût augmentent.
La mise au point d’un outil de comparaison des prix par la Direction générale de la réglementation économique du SPF Économie peut offrir aux commerçants une solution concrète en matière de transparence et de comparabilité des tarifs. Lors du choix d’un prestataire, ce n’est pas seulement le prix qui compte, mais aussi la qualité du service et, par exemple, l’intégration avec la comptabilité. Par ailleurs, le rapport souligne explicitement les nouvelles options de paiement 'bien moins coûteuses' basées sur les virements (instantanés).
Entre-temps, le SPF Économie confirme que les services travaillent d’arrache-pied en coulisses au développement d’un outil de comparaison. Son lancement est prévu dans le courant de l’année 2027.
Réactions du secteur
\Nous avons également interrogé quelques prestataires pour connaître leur point de vue.
Bancontact Company

Mise avant tout sur des tarifs simples et prévisibles. Avec Bancontact Pro, les petits commerçants et les indépendants paient 18 € par an et 0,06 € par transaction, sans frais d’activation. Grâce à un code QR, ils reçoivent des paiements via Bancontact Pay et Wero sans avoir besoin d’un terminal de paiement classique. Selon Bancontact Company, le choix de la solution de paiement la plus adaptée dépend notamment du système de caisse, de la clientèle, du volume de transactions et du budget. Pour obtenir des conseils indépendants, les commerçants peuvent s'adresser à des organisations telles que l'UNIZO, l'UCM ou la BECI.
CCV Belgium SA

Estime qu’il est crucial de donner aux commerçants une vision claire des coûts totaux, le 'Total Cost of Acceptance'. Outre les frais de transaction, celui-ci comprend notamment la durée du contrat et les conditions de résiliation, l’assistance, l’intégration avec le point de vente (POS), l’ERP, la boutique en ligne et la comptabilité, ainsi que les fonctionnalités de lutte contre la fraude et de sécurité. Selon CCV, un prix uniforme pour tous les moyens de paiement n’est pas nécessairement la meilleure solution. Ce qui importe davantage, ce sont la transparence, la comparabilité, ainsi qu’une concurrence suffisante et un choix entre les prestataires et les modes de paiement.
En ce qui concerne les frais de réseau et les frais de service, le CCV préconise une présentation commerciale simple, accompagnée d’une ventilation complète des coûts pour le commerçant qui souhaite obtenir plus de détails. Tant la tarification mixte que les modèles IC+/IC++ peuvent constituer des modèles tarifaires adaptés: il n’existe pas de modèle unique qui soit le plus avantageux pour toutes les entreprises. Il doit toutefois être clairement indiqué quels coûts sont fixes ou variables, lesquels sont répercutés directement et quelle marge ou quels frais de service le prestataire facture. CCV propose son propre calculateur en ligne permettant de comparer les frais de transaction de 'CCV from Fiserv' à ceux de ses concurrents.
Selon CCV, changer de prestataire reste souvent difficile, car les paiements sont intégrés à l’ensemble des processus opérationnels. Une meilleure interopérabilité, des interfaces standardisées ainsi qu’une gestion plus simple des données et des rapports pourraient faciliter cette transition.
Enfin, CCV voit dans des alternatives telles que Wero et les paiements instantanés une opportunité de renforcer la concurrence et le choix, tout en créant une alternative européenne aux flux de paiement existants. Cela pourrait avoir des effets positifs sur les coûts, l’innovation et l’autonomie stratégique européenne. Un nouveau moyen de paiement n’est toutefois pas nécessairement moins cher.
Outre la transparence, myPOS souligne l’importance de la flexibilité. Les commerçants doivent non seulement comparer les tarifs, mais également tenir compte de la durée du contrat et de la possibilité de le résilier ou de le suspendre sans frais ni pénalités. Pour les start-ups en particulier, un engagement de deux à trois ans peut constituer une contrainte importante.
Selon myPOS, les contrats existants et les intégrations techniques compliquent également le changement de prestataire, notamment chez les grands détaillants. L’entreprise préconise par ailleurs que les prestataires publient clairement l’ensemble de leurs coûts sur leur site web, afin de permettre aux commerçants de comparer plus facilement les différentes solutions de paiement. Lors du choix d’une solution, il convient également de prendre en compte le modèle économique, le montant moyen des transactions et leur volume.
