COMMENT LE COMMERCE DE DĂTAIL ALIMENTAIRE VA-T-IL ĂVOLUER EN 2022?
LA VENTE EN LIGNE DE produits de grande consommation VA DĂ©finitivement percerÂ
AprÚs une année difficile, l'économie belge se redresse. Nous pouvons à nouveau fréquenter les cafés et les restaurants et nous avons recommencé à voyager. Si, pendant la crise du Covid, nous avons enregistré des chiffres de croissance sans précédent dans la vente de produits FMCG (fast moving consumer goods) - en effet, les consommateurs achetaient en masse au supermarché - nous connaissons un sérieux revers depuis le printemps 2021. Il est temps de s'entretenir avec Tom Penninckx, analytical lead Belgium chez Nielsen, pour interpréter ces chiffres.
2021: Ă nouveau plus de produits on-the-go
Comment les produits alimentaires se sont-ils comportés au cours de 2020, l'année du corona?
Tom Penninckx (TP): "Jusqu'en 2019, les ventes de produits de grande consommation étaient en baisse d'année en année. Cela s'est terminé brusquement en 2020. Nous avons alors connu une augmentation de pas moins de +9,2%. Les causes sont bien connues: pendant la pandémie, les consommateurs étaient impatients de faire des réserves, les magasins étaient fermés, seuls les supermarchés étaient ouverts, les commandes en ligne permettaient de se faire livrer à peu prÚs tout à domicile et nous ne pouvions pas voyager. Les ventes de produits surgelés, de produits d'épicerie, de produits de boulangerie et de boissons alcoolisées ont explosé."
Quels segments se portent (moins) bien en 2021?
TP: "2020 est bien sĂ»r une annĂ©e exceptionnelle pour servir de rĂ©fĂ©rence. Tout d'abord, il y a eu les semaines oĂč les gens ont fait des rĂ©serves en mars, puis nous avons enregistrĂ© une forte croissance grĂące Ă l'Ă©conomie du confinement/Ă©conomie casaniĂšre. En 2021, nous prĂ©voyons un retour progressif Ă une situation plus normale. Si l'on regarde les chiffres de 2021 (jusqu'en aoĂ»t), on constate, entre autres, que les produits on-the-go se redressent et que le recul des boissons alcoolisĂ©es est limitĂ©. Les ventes de lĂ©gumes en conserve ont fortement diminuĂ© (+1,9% 2021 vs 2019 contre +12,8% 2020 vs 2019) (les consommateurs ne font plus de rĂ©serve). Il en va de mĂȘme pour les produits mĂ©nagers (+7,6% 2021 vs 2019 et +23,3% 2020 vs 2019). Les ventes de produits pour boissons chaudes (pensez aux dosettes de cafĂ©) restent assez Ă©levĂ©es."
"En 2021, nous constatons jusqu'en août une augmentation significative des repas fraßchement préparés (+8,8%)"
les repas fraßchement préparés sont là pour rester
Quelle est la tendance qui va se poursuivre?
TP: "Les plats fraĂźchement prĂ©parĂ©s ont fait un peu moins bien en 2020 qu'en 2019 (-2,1%), oĂč, comme dĂ©jĂ mentionnĂ©, les ventes de lĂ©gumes surgelĂ©s et en conserve ont augmentĂ©. En 2021, nous constatons dĂ©jĂ une augmentation significative des repas fraĂźchement prĂ©parĂ©s de +8,8% (par rapport Ă 2019). La tendance Ă une alimentation fraĂźche et saine est dĂ©finitivement lancĂ©e."
"Une chose complÚtement différente qui va persister est la pression promotionnelle. AprÚs la baisse artificielle en 2020 due à l'interdiction temporaire de la promo, nous retrouvons le niveau de 2019. En 2022, nous pouvons nous attendre à des niveaux records, car les détaillants et les fabricants tenteront d'égaler les ventes record de 2020/début 2021. Cela se fera probablement par le biais de davantage de promotion. En outre, une forte hausse des prix est attendue en raison des matiÚres premiÚres plus chÚres. Cela fera à nouveau pression sur les volumes et encouragera donc la promotion. En outre, la concurrence entre les détaillants s'intensifie, notamment en raison de la présence plus forte des détaillants néerlandais."
Constatons-nous une différence d'évolution entre les marques de distributeur et les autres marques?
TP: "Au milieu de la crise, nous avons vu la part des marques de distributeur diminuer quelque peu. Les consommateurs estimaient alors qu'ils pouvaient se faire plaisir. Maintenant que les produits de base sont en hausse et que nous dĂ©pensons Ă nouveau de l'argent pour voyager, nous devrons peut-ĂȘtre faire davantage attention Ă nos sous et les marques de distributeur s'en sortiront donc mieux."
Part importante des commerces de proximité
Quelles sont les prévisions de Nielsen en termes de valeur et de volume des ventes, et de prix ?
TP: "Voici notre estimation pour 2022 par rapport à 2021: -1,2% de valeur de vente, -4% de volume de vente et +3% d'augmentation de prix. Il s'agit de chiffres qui s'appliquent à tous les segments combinés. Nous prévoyons l'augmentation des prix en raison de la hausse des prix des matiÚres premiÚres et du transport. Il suffit de regarder les prix des conteneurs de l'Asie vers l'Europe, qui s'envolent.
"Les consommateurs aiment faire leurs achats localement et apprécient la flexibilité des magasins indépendants"
Constatez-vous des changements en termes d'assortiment en magasin?
TP: "Année aprÚs année, le nombre moyen de produits dans un supermarché moyen augmente: 8.216 en 2019, 8.245 en 2020 et 8.362 en 2021. Et ce malgré le fait que les supermarchés veulent rationaliser. C'est dû au fait que les consommateurs veulent tout avoir en version végétarienne, ou en version sans allergÚnes ou sans gluten, etc. C'est là que réside le véritable défi pour le détaillant: il devra faire preuve d'intelligence pour réorganiser les produits - essentiellement en rapport avec la santé."
Combien de magasins représentent le plus grand pourcentage des ventes (en valeur)?
TP: "Pendant la pĂ©riode oĂč les gens se constituaient des rĂ©serves (disons en mars 2020), 727 magasins reprĂ©sentaient 80% des ventes, pendant le premier confinement 745, pendant la premiĂšre rĂ©ouverture 774, pendant le deuxiĂšme confinement 791 et en aoĂ»t 2021, 803. En d'autres termes, il faut dĂ©sormais beaucoup plus de magasins pour atteindre ces 80%. Et la part des petits commerces locaux, qu'ils soient indĂ©pendants ou non, est en augmentation. Le consommateur aime faire ses courses localement et apprĂ©cie la flexibilitĂ© des magasins indĂ©pendants (gamme locale, ouverture le dimanche) et cela ne peut qu'augmenter si l'on tient compte du vieillissement de la population belge. En outre, le consommateur veut de plus en plus de commoditĂ© et n'a pas envie de perdre des heures dans un grand hypermarchĂ©."
+61% dans le panier d'achat en ligne
Si vous deviez choisir une tendance forte ...
TP: "... c'est la vente en ligne qui va définitivement percer pour les FMCG. Aujourd'hui, la part du commerce électronique en Belgique est d'environ 4%. Ce n'est pas encore beaucoup, mais les consommateurs voient de plus en plus les avantages des achats en ligne et de la livraison à domicile: on gagne du temps, il est plus facile de comparer les prix, on peut voir rapidement quels produits sont en promotion, on peut filtrer (essayez en magasin de chercher le produit x sans gluten...) et il y a un large éventail de produits. Une fois que le consommateur aura commandé ses courses en ligne un certain nombre de fois, tout obstacle disparaßtra. Par exemple, il constatera que les produits commandés sont frais. En France et aux Pays-Bas, commander ses courses en ligne est déjà beaucoup plus populaire, la Belgique va donc suivre."
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Le consommateur est-il prĂȘt Ă payer pour ce service? Car il y a bien quelqu'un qui doit remplir son chariot Ă sa place...Â
TP: "La moitiĂ© des consommateurs trouvent encore que le coĂ»t supplĂ©mentaire est un frein. D'un autre cĂŽtĂ©, nous constatons de plus en plus de changements: les gens sont d'abord allĂ©s chercher leurs courses en ligne au magasin, maintenant ils demandent progressivement Ă ĂȘtre livrĂ©s Ă domicile (commoditĂ©!). Et avec des plateformes telles que Gorillas, Dingdong, e-Supply et Frichti, les livraisons en dix Ă quinze minutes sont une rĂ©alitĂ©. Et cela continue: bientĂŽt, les courses seront livrĂ©es dans notre rĂ©frigĂ©rateur (cf. Walmart InHome delivery). Dans tous les cas, le commerce Ă©lectronique peut encore passer Ă la vitesse supĂ©rieure. Et c'est une bonne nouvelle pour le dĂ©taillant qui aborde les choses intelligemment. Car le panier d'achat en ligne est beaucoup plus rempli que celui d'un supermarchĂ©. En Europe, il s'agirait mĂȘme de +61%."
Un défi pour les grandes marques et les marques classiques
Avant de vous remercier pour cette interview, monsieur Penninckx, quel message souhaitez-vous faire passer Ă nos lecteurs?
TP: "Le fait que tous les produits puissent ĂȘtre proposĂ©s en ligne permet aux petites marques locales de se lancer plus facilement. Elles ont donc un potentiel de croissance. C'est lĂ que rĂ©side un dĂ©fi pour les grandes marques: elles ne peuvent plus protĂ©ger aussi facilement l'espace de rayon classique. Et il y a aussi un dĂ©fi pour les marques classiques: elles doivent proposer des innovations car les millennials (21-34 ans) sont avides d'essayer de nouvelles marques ou de nouveaux produits."